Le droit à la paresse

De Lafargue
J’ai déniché ce petit bijou à 2,40€ aux Éditions Mille et une Nuits. Le bonhomme, proche de Karl Marx, écrit Le Droit à la Paresse en 1883, depuis la prison de Sainte Pélagie. Bon sang! Plus de cent trente ans après, on peut vérifier que ce qu’il dénonçait alors s’est réalisé!

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales, qui depuis des siècles torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. »

Ainsi débute ce texte dans lequel Lafargue dénonce les prêtres, les économistes et les moralistes qui ont sanctifié le travail, mais aussi les ouvriers qui se sont laissés pervertir. « Le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle. »

Il s’érige contre Thiers qui voulait rendre toute puissante l’influence du clergé pour propager « cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir ».

L’obsolescence programmée, une invention du XXème siècle? Que nenni!  » Tous nos produits sont adultérés pour en faciliter l’écoulement et en abréger l’existence ».

Autre moyen de développer la production, rendre les ouvriers consommateurs. « Afin de trouver du travail pour toutes les non-valeurs de la société actuelle, afin de laisser l’outillage industriel se développer indéfiniment, la classe ouvrière devra, comme la bourgeoisie, violenter ses goûts abstinents, et développer indéfiniment ses capacités consommatrices. »

L’aberration de la surproduction infinie dans un monde fini, une idée neuve? Non plus! « Puisque la quantité de travail requise par la société est forcément limitée par la consommation et par l’abondance de la matière première, pourquoi dévorer en six mois le travail de toute l’année? »

Travailler moins pour cesser de produire sans nécessité et enfin « non épuisés de corps et d’esprit, commencer à pratiquer les vertus de la paresse ».

Même les industriels ont fait l’expérience qu’une réduction du temps de travail et des congés non seulement ne réduisait pas la production, mais l’augmentait. « Quelle marche vertigineuse imprimera à la production française une réduction légale de la journée de travail à trois heures ? », en conclut Lafargue.

Il est succulent ce texte, ironique à souhait, et il nous montre à quel point les choses n’ont pas changé depuis 1883! Que dis-je? Lafargue dénonçait des pratiques d’un siècle!

Alors, je vous demande pardon si j’ai dérogé à ma règle de ne publier que des pensées positives et constructives, mais j’ai trouvé ce texte dopant. Je laisse l’auteur conclure: « Depuis un siècle, le travail forcé brise leurs os, meurtrit leurs chairs, tenaille leurs nerfs; depuis un siècle, la faim tord leurs entrailles et hallucine leurs cerveaux!… Ô Paresse, prends pitié de leur longue misère! Ô Paresse, mère des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines! »

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