Adieu à mon métier

IMG_0978

Ceux qui m’ont côtoyée toutes ces années le savent : j’ai aimé mon métier.
J’ai respecté mes élèves, les ai traités avec bienveillance. Ma famille sait combien je me suis engagée pour eux.

Aujourd’hui je quitte ce métier par la petite porte de la maladie longue durée et du reclassement en fonction administrative. Si je suis reconnaissante à mon administration de m’offrir ce refuge pour finir ma carrière, je n’en suis pas moins triste.

Cela fait plusieurs années que je suis épuisée, à la recherche de solutions. J’ai sollicité de l’aide, ce qui pour moi n’est pas une évidence.

– « Autant vous prévenir tout de suite, je ne peux rien pour vous! Mais racontez moi votre petite histoire! »

Alors j’ai cherché seule. Transmettre à de jeunes collègues ce que m’avait appris le travail avec les élèves m’a semblé sensé. J’ai été recrutée comme formatrice de formateurs. Malheureusement dans le même temps, mon poste au collège a été supprimé. Par mesure de carte scolaire, j’ai obtenu le lycée voisin, y retrouvant d’anciens élèves.

De quoi réveiller l’enthousiasme! Je me suis attelé à cette double tâche.

Mais cumuler la formation de formateurs sur la réforme du collège et la découverte du travail au lycée de la seconde au BTS, avec les différents bacs, et un calendrier inconnu, c’était plus que ce que je pouvais faire à cette étape de ma carrière !

– « Vous avez eu la chance d’obtenir un très bon lycée par mesure de carte scolaire. Il va falloir être à la hauteur! »

Le cadre du lycée, avec ses objectifs d’examens, est bien plus étroit encore que celui du collège.

Mon credo a toujours été la pédagogie : Créer mes cours, des activités, des jeux, des projets, pour que les élèves retrouvent le plaisir d’apprendre qui est le propre du vivant.

L’échange franco-allemand, les spectacles, le projet immeuble, le projet Krimi, le loto, les chansons (y compris les écrire), les gâteaux de Noël avec la segpa, les relations avec les écoles primaires, les discussions sur les méthodes d’apprentissage, un grand projet de recherche avec exposition sur l’expressionnisme allemand, la création de jeux d’apprentissage, que sais-je encore ! J’y ai mis tout mon coeur.

Au collège, à un moment je suis sortie de la classe. J’ai créé un club UNESCO, j’ai monté avec des collègues et coordonné une expérimentation pédagogique d’envergure, je suis allée travailler au micro-lycée, j’ai participé à une recherche de la Fondation de France, j’ai co-animé le club théâtre, j’ai travaillé avec les élèves décrocheurs…

– « Vous avez eu la chance d’obtenir un très bon lycée par mesure de carte scolaire. Il va falloir être à la hauteur! »

Je ne l’ai pas été! Je me suis épuisée à essayer de l’être. Mais j’étais déjà trop fatiguée, et j’avais déjà trop manqué de soutien.

La fin de l’expérimentation! Après des mois de préparation et quatre ans d’engagement non-stop, passionnant, avec des collègues merveilleux, avec des élèves réactifs et reconnaissants, mais aussi d’âpres moments de découragement et de lutte contre l’institution ou nos supérieurs, voire nos propres collègues, la fin de l’expérimentation nous a laissés épuisés. Sans regrets, riches d’expérience et de collaboration, mais épuisés. Sans reconnaissance non plus. A part celle des élèves, qui bien sûr est la plus importante de toutes.

Pourquoi notre institution n’est-elle pas capable de reconnaître et de soutenir ceux qui ont tant donné et s’y sont épuisés ?

En arrêt maladie, j’ai rencontré un homme qui m’a soignée d’une écoute empathique et de quelques paroles merveilleuses. Il m’a dit que j’étais précieuse et qu’il aurait été fier de m’avoir dans son équipe, que c’était le rôle des chefs d’établissement de repérer les collègues aussi engagés et généreux, de les guider dans leur carrière et de les soutenir quand ils n’en peuvent plus. Il est lui même proviseur, il sait ce qu’il dit.

Bien sûr j’en ai rencontré d’autres, des facilitateurs de projets, des gens à l’écoute, des collègues généreux, mais combien par rapport à tous les autres?

95% du temps j’ai pensé « Peu importe! Seuls comptent les élèves. » Et c’est vrai! Mais ça reste un dur métier, avec les élèves, même si on est bienveillant et enthousiaste.

Aujourd’hui je vais mieux. J’essaie de me dire que j’ai fait du bon boulot, toutes ces années. J’essaie de ne pas m’en vouloir de ne pas aller au bout. De me pardonner d’avoir lâché mes élèves en plein milieu d’année. De me faire à l’idée que je ne suis plus enseignante. C’est une drôle de sensation. Nous nous définissons tellement par notre métier.

Heureusement j’ai d’autres projets : un projet couture pour enfant, et surtout celui que vous connaissez, lecteurs de mon blog si silencieux ces derniers temps (maintenant vous savez pourquoi), le projet oasis « Terre Sourire ». Maintenant je sais que j’y arriverai!

Si des dernières années je me suis parfois dit que je m’étais probablement trompée de métier, à présent j’ai un regard plus serein sur mon parcours. Je dirais que, en dépit d’une institution rigide et trop souvent aveugle, j’ai été une bonne enseignante.

Et je repense aussi avec gratitude à celui qui, le premier, m’a donné le goût d’enseigner. Et à toutes les belles rencontres, enfants et adultes, de ces longues années de travail de professeur.

8 réflexions sur “Adieu à mon métier

  1. Moi je suis très fière de toi et de ton parcours mamounette.
    Enseigner n’est pas ce qui te défini.
    Pour moi, c’est davantage ta créativité, qui elle est restée intacte.
    Tu as fait ce que tu as pu, et c’est déjà beaucoup plus que pour bon nombre de personnes. Alors cette petite porte tu peux la franchir la tête haute.

    J'aime

  2. Que de colère envers cette institution qui ne sait pas reconnaître et accompagner ses plus compétents agents !!! « Le mammouth » disait Allègre, il n’avait pas tort…

    Tourne cette page ; tu y as apporté tant d’énergie, tant d’enthousiasme et tant de bienveillance que je sais que les élèves se souviendront de Madame Cléry.
    Une nouvelle page est prête sur laquelle tu vas écrire,dessiner et raconter de nouveaux projets… et je sens que ça va être un joyeux feu d’artifice !

    J'aime

  3. C’est un magnifique au revoir. Je suis heureuse que tu vois ça avec ce regard : tu as été une excellente enseignante. Je le sais, j’ai plusieurs fois voyagé avec tes élèves !
    « Tu pourras demander à ta mère qu’elle reprenne notre classe l’an prochain ? »
    Tu as été utile (et visionnaire, engagée, pédagogue, …) dans ce métier, et tu le seras tout autant dans tes projets futurs. Tu peux être fière d’être aussi motivée, ambitieuse et courageuse. En tout cas, moi je suis fière de toi.
    Le monde a besoin de gens comme toi !
    T’aime

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s