Lectures

Christel Petitcollin

Je pense trop

Comment canaliser ce mental envahissant

P1030531

Je ne sais si j’aurais accroché à ce titre  en traînant dans une librairie. Il faut déjà se rendre au rayon ‘Développement personnel’ pour ça, et je ne fréquentais pas ces rayons là. Littérature, poésie (tout petit rayon!), contes… Mais il m’a été personnellement conseillé : « Vous devriez lire ‘Je pense trop’! Et je l’ai commandé.

Première page d’introduction : « Au contraire,  à son grand étonnement elle valide l’un après l’autre chaque semestre universitaire ». Tiens! Ça me rappelle qu’à chaque réussite, je disais : « Je suis arrivée au bout de mes capacités là! »

Et ça continue! Imaginez un livre qui vous connait mieux que vous ne vous connaissez vous-même. Qui, page après page, traque vos manies, vos peurs et angoisses, votre grand sentiment d’imposture et de solitude, votre désir de comprendre et de partager vos informations, votre sensibilité à fleur de peau et vos doutes permanents.

Parfois, vous ne vous reconnaissez pas dans le portrait : « Non, moi j’ai eu une scolarité normale! Non, je ne suis pas pessimiste… ». Alors vous vous en saisissez avec jubilation en tant que preuve formelle que non! vous ne faites pas partie des surefficients mentaux, que vous êtes tout à fait normale et comme les autres.

« Jeanne Siaud Facchin, auteur de L’enfant surdoué a renoncé à les appeler surdoués et a choisi le vocable de ‘zèbre’ pour les désigner. Le mot est bien choisi : un zèbre est un animal atypique, indomptable et unique, qui sait aussi se fondre dans le paysage. Mais tant qu’à faire des comparaisons animalières, il manque leur aspect chien, pour leur fidélité, leur loyauté, leur attachement et leur dévouement. Il manque aussi leur aspect chat, pour leur délicatesse, l’acuité de leurs sens et leur susceptibilité. Puis, leur aspect chameau pour leur incroyable endurance et surtout leur côté hamster qui tourne en rond à toute vitesse dans sa roue. »

C’est une découverte assurément bouleversante car chacun d’entre nous, nous attelons avec une énergie considérable  à nous adapter à une société qui pense autrement que nous. Cela fait à présent un an que j’ai lu ce livre et que je découvre les avantages et inconvénients de ce cerveau droit : j’entends bien, il s’agit de l’hébergement dans l’hémisphère droit du centre du raisonnement. Ce qui signifie que nous raisonnons, non pas de façon linéaire (A, A1, A2, A3, avec a1, a2, a3 …. Ou plus simplement, une idée découle d’une autre idée, et conduit à une autre idée) mais en arborescence et de façon globale. La plupart du temps, nous n’avons pas le temps de comprendre la démarche de notre cerveau et la solution s’impose d’elle-même. Cela devient même une technique, puisqu’il suffit que nous pensions à autre chose pour que le cerveau, libéré de notre stress, se débrouille seul et nous impose sa solution, la bonne évidemment!

Très perturbant! Mais ça explique tant de choses, tant de mal être, de sentiment de décalage, de peurs (mon obsession des malentendus me poursuit depuis la nuit des temps!) et aussi de gênes (je ne supporte plus le bruit comme avant, je n’arrive pas à en faire abstraction, je perds ma concentration).  Ces mécanismes dûment repérés, compris, nous pouvons nous en libérer. Ensuite commence le travail d’adaptation. Comment puis-je piloter cette pensée bouillonnante?  Comment puis-je enfin travailler avec les autres sans être le zombie de service? Mais aussi comment puis-je jouir des avantages de cette vigilance de tous les instants, de cette machine à solutions et à idées innovantes? J’apprends à oser, j’apprends aussi à pardonner.

Ne croyez pas que je me vante! L’indifférence des ‘gens’ pour leurs semblables me fait souffrir depuis l’enfance. Je me mettais intérieurement en colère contre leur égoïsme. Mais enfin, tu ne vois pas qu’il y a quelqu’un derrière toi? Tu ne peux pas lui tenir la porte? Tant de petites choses de la vie quotidienne me donnaient le sentiment que les gens ne faisaient pas attention. Et surtout, lorsque je m’empressais de rendre un service qui me paraissait évident, j’étais souvent surprise de la mauvaise interprétation que recevait ce geste! Dans le Nord, on me disait ‘amiteuse’. A présent, je sais que nous avons des capacités différentes sur ce plan là, que beaucoup sont concentrés sur une seule chose, la conduite de leur véhicule notamment, et sont incapables de voir les besoins ou les attentes des autres. Ils n’ont pas cette vision globale! Alors comment leur en vouloir?

« La clé pour gérer efficacement son émotivité est la connaissance de soi. »

L’idée est de faire de nos émotions « nos amies et nos guides ». Apprendre non à cacher, comme nous nous sommes contraints à le faire, mais à écouter et entendre ce que nous disent nos émotions. Car elles sont le reflet de notre inconscient qui nous guide et nous protège. Accepter de sentir la boule au ventre, le rejet d’une situation qui nous est une torture, accepter d’entendre que ça ne nous convient pas, puis agir en en tenant compte. Je décide de ne pas y aller, car ça me fait du mal. Ou je décide d’y aller, mais je sais que c’est douloureux pour moi, et pour me protéger je vais…

Ah! L’ego! Notre ego est très faible! J’ai toujours cru que c’était un problème, car notre société et notre culture encensent les ego forts. Ça nous rend hypersensibles, incapables de relativiser, en demande constante de rassurance. Puis, j’ai rencontré le bouddhisme, une philosophie où l’ego fort n’est pas un atout. Car notre ego nous empêche de prendre conscience de la véritable nature des choses, en nous plaçant au centre de l’univers. Là, j’ai compris une chose merveilleuse : je peux exister avec un ego tout petit, je ne suis pas en tort, il ne me manque rien! C’est juste une valeur de notre société que je ne partage pas! Et comme elle n’est pas la seule…!

De cette particularité vient aussi notre sentiment cosmique, cette impression d’appartenir à un grand tout, d’être une petite, minuscule parcelle d’absolu. Je me sens reliée au monde, à la vie intemporelle, et n’en représenter qu’une poussière ne me dérange pas, au contraire, je trouve ça magique! Comme le colibris de Pierre Rabhi, je veux simplement faire ma part!

Si vous vous reconnaissez dans ce type de réflexion, je vous recommande à mon tour chaleureusement la lecture de ce livre. Il perturbe mais explique, et donne de bonnes pistes de réflexion sur notre façon de penser, nos forces et nos faiblesses. Et s’il vous est arrivé de tomber entre les griffes de personnes qui vous ont fait du mal, vous comprendrez aussi pourquoi et comment les éviter!

 

Ce qui n’est pas dans le livre  :  De la compatibilité entre bouddhisme et cerveau droit

Bien sûr, ce n’est pas le propos du livre, mais c’est mon interrogation!

Comme je l’ai dit, pour l’ego c’est bon! Nul besoin d’en avoir trop.

En revanche, les neurodroitiers pourraient bien avoir deux difficultés sur la ‘voie du milieu’ :

– la difficulté de vivre l’instant présent avec un cerveau qui passe le plus clair de son temps à faire des allers retours express entre passé et futur

– et, par conséquent, la plus grande difficulté à méditer, c’est à dire concentrer son esprit en un seul point (dans un premier temps) et rester dessus.

Toutefois, l’Asie, grand berceau du bouddhisme, voyant dans le cerveau droit le principe féminin, le Yin, venant équilibrer l’esprit masculin du Yang rationnel (le principe cérébral occidental par excellence), je chemine en toute confiance!

 

La fin du livre :

« Vous êtes vous-même, unique au monde et parfait dans votre imperfection. Vous avez un magnifique cerveau bouillonnant d’idées, foisonnant de vie, effervescent de joie et pétillant d’amour. »

 

P1030486

 

Béatrice Millêtre

Petit guide à l’usage des gens intelligents qui ne se trouvent pas très doués

Après ‘Je pense trop’, j’ai lu ‘le petit guide…’ , qui me fut d’ailleurs recommandé par la même personne.

Il traite du même sujet, mais comme le titre l’indique, il s’agit aussi d’un guide. C’est à dire qu’il donne des pistes concrètes pour gérer ce cerveau effervescent et aussi pour s’adapter à notre monde de pensée logique.

La premier partie, intitulée Qui suis-je? commence ainsi :

« Dans votre tête, le petit vélo ne s’arrête jamais. », ce que Christel Petitcollin appelait le hamster dans sa roue.

Et toute cette première page définit très bien ce que ressent et vit un surefficient mental. Vous ne vous retrouverez pas forcément dans tous ces exemples, mais dans une majorité d’entre eux. Vous avez le sentiment de ne pas être en phase avec le reste du monde.

La deuxième partie détaille les deux planètes qui cohabitent, la façon dont cerveau droit et cerveau gauche raisonnent, et les exemples sont tres concrets et parlent d’eux mêmes.

Ce livre est plus concret, plus pragmatique et complète bien l’autre. Il donne plus de place aux ‘tuyaux’ qu’aux ressentis. Ainsi la troisième partie, nommée ‘je libère mon potentiel’ nous livre-t-elle les clés de fonctionnement qui augmentent notre efficacité sans nous fatiguer : « Ouvrez vos antennes, récupérez vos informations, laissez faire. Quand vous êtes prêt, démarrez. »

J’ai déjà observé des élèves fonctionner ainsi. B. lit les consignes, puis il rêvasse, son regard est ailleurs, il n’est pas en train de réfléchir au problème, il pense clairement à autre chose. Et à un moment, c’est comme s’il se réveillait, il regarde sa copie, prend son stylo et écrit, jusqu’au bout!

De même l’auteure reconnaît-elle le besoin de faire plusieurs choses en même temps. Je le connais de moi-même ce besoin, et pourtant j’ai aussi beaucoup de mal à l’accepter chez mes élèves, ceux qui bidouillent, s’agitent et ont du mal à se concentrer sur notre seule activité. C’est vicieux. J’ai du mal à faire abstraction de leurs besoins multiples car leur distraction perturbe également ma propre concentration.

Par de nombreux aspects, le métier d’enseignant correspond bien aux neurodroitiers. C’est un métier qui demande des qualités d’écoute et d’empathie, le désir d’informer et de venir en aide aux autres,la capacité de faire mille choses à la fois, et une vision globale des situations et des objectifs. Développer des solutions originales et innovantes est un réel atout. En revanche le continuel besoin d’harmonie et le déficit d’inhibiltion latente (la difficulté de faire abstraction des perturbations environnantes, comme les bruits parasites, notamment) qui augmente, je crois, avec l’âge, peuvent nous mettre en difficulté.

D’autres conseils pratiques et très précieux concernent la compréhension de la logique des autres, et donc de leurs attentes. Pour réussir un examen ou un concours dans notre monde occidental, mieux vaut comprendre ce que les examinateurs attendent de nous. Comment faire un plan quand notre cerveau nous guide tout droit vers la solution sans passer par l’étape plan détaillé? Comment ne pas douter de ses capacités quand on voit nos concurrents s’atteler immédiatement à la tâche, sans regarder en l’air, et en traçant un superbe plan en A,B,C avec a,b,c, et a1, b1 et c1? Moi, je rêvasse, puis j’écris au fil de la plume, et tout au long de l’exercice, je me dis que j’aurais tout autant pu prendre le problème à l’envers.

Grâce à quelques conseils bien pratiques, nous pouvons apprendre à tenir compte des autres, à expliquer ce que nous faisons au fur et à mesure par exemple, à informer nos collaborateurs, sans nous comparer à eux, ni douter de nous, en nous faisant confiance.

Afin de déplacer des montagnes!

http://cerveaudroit.ouvaton.org/spip.php?article25

Ce site très intéressant sur la question, et qui figure dans la bibliographie de Mme Millêtre (quel nom prédestiné pour étudier la pensée!), contient un article, l’article 25, passionnant sur la civilisation du cerveau gauche. L’auteur, Didier Balick, y présente le Japon comme la culture bicéphale par excellence, celle qui allie cerveau droit et gauche.

 

P1010580

 (Je plaisante!)

Jean-François Revel et Matthieu Ricard

Le Moine et le Philosophe

Un père et son fils débattent du sens de la vie

 

Avant de commencer, je vous recommande cet article sur Revel :

http://chezrevel.net/les-lecons-de-revel/ , article de Denis Jeambar, de l’Express

Des différents articles et critiques que j’ai lues sur Revel, et ne l’ayant pas fréquenté moi-même, j’ai choisi de retenir ‘Les leçons de Revel’. Il montre un homme doué, courageux, honnête, aux opinions bien ancrées, vivant à fond dans son temps et interrogeant l’histoire et la philosophie. Certes, je goûte peu les hommes qui critiquent François Mitterrand, car cet homme, même s’il était sans aucun doute un grand stratège, a représenté pour moi un grand espoir de justice sociale, y compris et justement aussi dans l’Union de la Gauche.  Je ne suis pas libérale, au sens où le monde libéral appartient toujours et en fin de compte à ceux qui ont l’argent.  Mais bref! Il ne s’agit pas de cela ici. Le sujet est bien plus vaste : le temps et l’histoire, l’histoire de la philosophie occidentale, et sa rencontre avec la pensée bouddhiste.

J’ai rencontré le bouddhisme tout d’abord dans les Contes, dont je suis friande, tant ils apportent de sagesses et de connaissances du monde entier. Puis j’ai fait un premier séjour, ici en France, au Mans, dans un centre bouddhiste. C’est comme une profonde respiration, cette impression rare et précieuse d’être à sa place. Certes, un long chemin s’ouvre devant celui qui souhaite s’y engager, mais c’est un chemin d’une grande bienveillance, de joie et de sérénité. Agnostique à l’origine, j’y ai posé un pied, et je chemine. Avec bonheur!

Bien sûr, je me suis mise à lire tout ce que je trouve sur le bouddhisme, et j’ai donc lu ‘Le Moine et le Philosophe’.

C’est parfois un peu long, un peu bavard, mais la situation de ces entretiens est intéressante, parce qu’il s’agit d’un père intellectuel, historien, philosophe, journaliste de renom, et de son fils, éminent scientifique qui abandonne une carrière prometteuse au profit d’un engagement religieux total. Les entretiens gardent en filigrane des traces de tous les non dits qui peuvent exister entre un père et son fils, à cette différence près que ces deux-là ont la chance de s’expliquer.

La posture de Revel est de comprendre le bouddhisme et de le comparer à la pensée occidentale. Tous deux essaient aussi de saisir les raisons de l’intérêt de la société occidentale actuelle pour la pensée asiatique. Pour moi, c’est clair : Nous sommes dans l’avoir, ils sont dans l’être. Notre société commence à se lasser de cette quête de richesses extérieures, du pouvoir de l’objet et de la possession. Elle a perdu le sens de l’être, du bonheur et de la vie. Individualisés au maximum, nous recherchons une idée du vivre ensemble, de la solidarité, de la coopération et de l’entraide. Tant d’initiatives communautaires voient le jour ces dernières années! Le citoyen occidental ne croit plus à la politique, aux dogmes religieux, et commence à se méfier du roi Tout-Argent qui nous gouverne.

Or le bouddhisme ne fait pas de prosélytisme, il offre sa philosophie avec générosité, c’est le contraire d’une religion expansionniste et agressive. Il prône la non-violence, comme le prouve l’attitude du Dalaï-Lama, pourtant exilé loin de son pays, soumis à la violence chinoise.

Revel simplifie sans doute la pensée occidentale lorsqu’il dit que la philosophie s’est elle même détournée de la réflexion sur le savoir être au profit de « jeux intellectuels d’une complication extrême et d’une utilité infime ». Mais je m’insurge contre la méchante petite phrase : « Ceux qui ont été de gauche pendant très longtemps, n’ayant plus de doctrine cohérente de transformation de la société, s’emparent de l’humanitaire et de l’écologie pour continuer à tyranniser leurs semblables ».

J’ai toujours été de gauche, tout bonnement parce que je défends l’idée qu’une société est une organisation dont le but est d’offrir une place à chacun de ses membres, et non de trier les riches et les pauvres, les capables et les incapables, les productifs et les improductifs. Et oui, je me détourne comme tant d’autres de la politique qui montre ses limites actuellement dans un monde régi par l’argent. Mais je suis le témoin, et je participe et souhaite participer de plus en plus à la transformation de cette société par les initiatives citoyennes. Pas par une révolution guerrière, mais plutôt par la multiplication de micro solutions citoyennes qui développent l’entraide, la solidarité et oui, oh! le gros mot! l’écologie. La science et l’industrie ont ravagé la planète, c’est un fait, et c’est notre devoir de réparer, et de laisser un monde à nos enfants qui ne soit pas sur le point d’exploser à cause de notre monstrueux égoïsme. Est-ce là de la tyrannie? La société libérale dont nous sommes le fruit et les victimes n’a-t-elle pas déjà montré son incurie? Et je ne défends certes pas plus la Chine ou l’Algérie ‘progressistes’. Ces clivages sont dépassés, terminés. Ils appartiennent à l’ancien monde politique divisé en droite-gauche, qui n’a plus guère de sens aujourd’hui! Et d’ailleurs, ne participent-ils pas tous de la même manière à l’exploitation des pays pauvres? Ne leur vendent-ils pas les armes, avec lesquels ils s’entretuent?

Je suis pour les droits de l’homme et pour la protection de la nature. Et je suis bouddhiste.

Une réflexion sur “Lectures

  1. Bien bien bien…
    Que c’est parfois pénible de douter !
    Bon, allez, Mon Haïku préféré :
    Sur la pointe d’une herbe
    devant l’infini du ciel
    une fourmi
    … ou p’tête un colibri ?

    J'aime

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